Préparation et participation à une course de traineau de longue distance en Norvège en 2013 : la Finnmarkslopet 500
20 Avril 2013
La FL 500 vu par Manu, mon handler
Alta, 10h00 du matin. Le ciel est clair et le soleil réchauffe nos joues. Un regard pour Sam : Ils arrivent !!!
Seuls sur la ligne d'arrivée, nous sommes rejoints par des dizaines d'enfants et de gens qui affluent de toute part, certainement attirés par la musique officielle de la course crachée des haut-parleurs.
Soudain, deux attelages surgissent au bout de la rue principale d'Alta. Ce sont Cécile et François. Les yeux pleins de larmes, je tente de maintenir la caméra pour immortaliser cet instant.
Mon amie vient de terminer la Finnmarkslopet 500 ....
Quelque-part en 2012, je raccroche le téléphone. Cécile rentre de Suède. Elle n'a pas l'air en forme : le coup de blues quand on rentre de là-haut, on connait bien ça. Et puis, depuis 7 ans qu'elle suit françois en tant que handler, je pense qu'elle a besoin de passer un cap, voir autre chose !
Il faut dire que le boulot de handler n'est pas de tout repos, voire épuisant. Et Cécile l'a fait pour François pendant 7 ans ... On passe son temps à conduire pour rejoindre les check-point à toute heure du jour et de la nuit ; des heures d'attente et parfois d'angoisse à se demander si son musher se nourrit et s'hydrate bien pour tenir la distance, des manipulations de matériels et de chiens (et oui il reste 9 chiens dans le camion et il faut s'en occuper) à ne plus en finir ; lutter contre la fatigue (on ne dort guère plus que les mushers : 6 heures en 4 jours de course !) ; trouver un lit et un repas chaud pour son musher ; être là quand il arrive au check-point ; devancer ses attentes et demandes, savoir prendre en charge les chiens droppés ; garder le sourire pour ne pas montrer qu'on est inquiet. Pour exemple, j'ai perdu 6 kilos sur la FL500 en 5 jours.
Au cours d'une discussion, bien plus tard, je lui dis : "Pourquoi ne ferrais tu pas la FL 500, je serais heureux d'être ton handler". A ce moment là, je crois que Cécile a eu le déclic : l'étincelle qui a allumé la mèche d'un projet maintes fois évoqué par François. Le défi est lancé. On a moins d'un an de préparation et le hic est que je vis loin des Pyrénées. Cécile prépare sa course avec François donc pas d'inquiétude mais pour moi un peu plus de stress ... Je ne connais pas les chiens, je ne connais pas François en situation de course et je ne connais pas la Norvège. La seule chose que je connaisse est le boulot de handler pour l'avoir été avec Jean Philippe PONTIER sur la Grande Odyssée.
Les mois passent et à chaque coup de téléphone toujours la même question : "As-tu ton billet d'avion ?". François s'inquiète. Ma réponse est toujours la même : "T'inquiète, je serai là".
06 mars 2013, j'ai les fesses dans un Boeing pour la Norvège. Quelle sensation délicieuse de se dire qu'on va retrouver la Scandinavie après cinq ans d'absence. Durant le premier vol qui me mène de Paris à Oslo, je ne cesse de penser aux chiens, aux matos, aux mushers. Je ne connais rien d'eux et dieu sait qu'il est vital pour un musher d'être en harmonie avec son handler. Grosse angoisse !!!! et de surcroît une nuit d'escale à Oslo, je sens que je vais cogiter ...
07 mars 2013, 11h30. Je pose mes pieds à Alta. Comment vais-je faire pour rejoindre le team. Je sors de l'aérogare et là j'entends une douce voix qui parle français. Je tente le coup et je m'incruste au sein d'une équipe internationale qui vient faire pour le développement touristique du nord de la Norvège. Bingo !!!! ils vont aussi au Rica Hôtel.
Après 24h00 de voyage, je débarque avec sac et valise dans une salle immense où sont réunis tous les rookies. Une voix me demande ( en anglais) si je suis perdu et si je cherche quelque chose ? Ma réponse (toujours en anglais mais avec mon accent du sud et après 24h00 de voyage !) est : "Heuuuuuu , oui, je cherche Cécile Dupé". En réponse, j'obtiens un long silence et je comprends que mon interlocutrice ne comprend pas ce que je fais là avec mes bagages.
Coup de fil à Cécile : Vous êtes ou ??????
"on arrive, on a un petit souci au contrôle des papiers véto !!!"
Ouffff ....
Le jeudi est consacré aux réunions d'informations, aux dernières démarches administratives. Le vendredi est une journée de "repos", préparatifs pour le départ. J'en profite pour faire plus amples connaissances avec mon compère qui va partager cette aventure avec moi.
Sam, un beau bébé d'1 m 90 je pense, un sourire de gosse et d'une gentillesse indéniable. Il a rejoint le team quelques jours avant en suède. La journée se passe, on essaye de caler les derniers détails mais à mon grand étonnement aucune consigne pour les handlers. Cécile et François sont dans leur bulle. Bon, pas grave, je le ferai au feeling ... l'impro c'est mon rayon, alors en avant !!!!
Samedi 09 mars, le départ de Cécile est prévu à 11h14, l'organisation impeccable des norvégiens nous conduit à notre emplacement de parking. Les mushers n'ont pas l'air tendus et nous, les handlers, sommes relax. Sam promet d'être un compagnon de route extra.
On y est !!!! Le quad arrive, on accroche le traîneau et c'est parti pour la ligne de départ. François nous accompagne pour voir partir Cécile et ses chiens. Je cours caméra au poing. 5 - 4 - 3 - 2 - 1 GO !!!
Et voilà, Cécile lâche les chiens pour 500 km. Elle a le visage hyper tendu mais je sais qu'une fois sortie d'Alta, elle sera plus détendue. 30 minutes plus tard, c'est au tour de François de prendre le départ. L'excitation passée, un calme pesant s'installe dans notre esprit. Nous nous regardons avec Sam, nous comprenons que l'aventure commence aussi pour nous. Je prends les commandes du ALASKAN TEAM BARNUM pour rejoindre Skoganvarre, deuxième étape de la course.
Première crise de rire : C'est par où ??? Après deux allers-retours dans Alta, nous trouvons enfin la bonne route vers le nord.
N.B. : le Chevrolet est équipé d'une boussole intégrée au rétro. Le problème est qu'elle n'indique que le sud et le sud-ouest ... Donc ne pas se fier au matos .....
Skoganvarre, environ 160 km de plateaux de fjords. Nous traversons une tempête de neige de tous les diables et je pense que la trace de nos deux nez est toujours sur le pare-brise du Chevrolet ...
Nous arrivons de nuit sur le site, accueilli par l'armée norvégienne (l'organisation est irréprochable). Première mission : reconnaître la zone de stake-out et ensuite dénicher un endroit où nos mushers pourront dormir au chaud et manger un bon repas. Je pars en éclaireur avec deux duvets sous le bras. Une salle est prévue pour les équipages qui n'ont pas réservé de cabine. Installation des duvets, marquage du territoire ... Pour le repas, aucun problème, il y a un petit resto sur la zone.
Deuxième mission du handler : l'attente ................
Les attelages arrivent au compte-gouttes dans une nuit froide, Sam et moi allons nous réchauffer près d'un brasero et là, nous vient la même idée :" pourquoi n'avons nous pas de saucisses ???" Effectivement, les repas de handlers sur une course se résument à quelques tartines de pâté gelé, de bonbons et beaucoup de café. Nous profiterons du resto ce soir, il faut bien nourrir Sam sinon ce grand gaillard risque d'être irrité.
Ils sont là !!!!!
Nous les regardons installer les chiens, les deux sacs géants sont prêts. Qu'il est frustrant de ne pas pouvoir les aider. Cécile n'a pas l'air fatigué et elle a la pêche après une journée sur le traîneau. Le moral des troupes est au beau fixe, surtout quand ils apprennent qu'ils vont dormir au chaud et manger un bon repas (impossible de vous donner le menu car nous ne savons absolument pas ce que nous avons mangé mis à part les patates ...)
Je pourrais vous faire le détail de chaque étape mais il me faudrait plus qu'un blog pour relater l'ensemble de cette aventure. Par contre je vais vous faire part de quelques anecdotes de handlers.
Levajok ou comment embrouiller les "Crew" pour pouvoir garer le 4x4 juste devant le chalet. Sam et moi avons un anglais irrésistible. Même le plus récalcitrant des norvégiens est sous le charme ou alors ne comprenant absolument rien nous laisse passer tellement on le saoule. Ce jour-là, Samidou a vraiment la dalle et moi aussi. Nos coureurs des bois sont nazes et ont aussi le ventre vide. Je plonge mon nez dans l'arrière du pick-up si bien rangé par Sam.
Confession : je n'ai jamais rencontré un mec aussi bordélique !!!!!! (tu ne m'en veux pas Sam ?)
Bref, je fouille, je sors une poêle, du renne congelé et me voilà à cuisiner, avec un mini réchaud au bord d'une terrasse, un plat digne de grand chef : du renne au roquefort !!!
Ce jour là, nous faisons la connaissance de Davina, photographe française qui couvre la FL 500. Nous l'invitons à partager notre festin.
Petite remarque à monsieur Heineken : la bière gèle à -25°c !!!!!!! Faites quelque-chose !!!
Le reste de la course se déroule sans accroc avec toujours autant de bonne humeur.
12 mars 2013, 03h47. Mon téléphone me tire de mon sommeil. Bien emmitouflé dans mon duvet au camping d'Alta, j'entends la voix de Cécile qui me dit : "on est à 35 km mais on doit faire du parking, les chiens ne veulent plus avancer". Ils ont décidé de faire une pause pour reposer les chiens. Je ferme les yeux, je ne cesse de penser à eux : ils vont se cailler dans ce "grand rien" , vont-ils terminer la course, dans quel état sont les chiens et eux ont-ils encore la force de rejoindre la ligne d'arrivée ?
Quelle angoisse de ne pas être avec eux !!!
09h20. Encore ce maudit téléphone. "On arrive !!!"
Sous l'arche de l'arrivée, nos cœurs frappent notre poitrine, une chaleur m’envahit et je suis excité de voir arriver Cécile.
Je n'en reviens pas. Elle franchie la ligne avec un grand sourire, elle est radieuse. Pendant de longues minutes, le team savoure cet instant de pur bonheur, mes yeux sont remplis de larmes, je suis si fier d'elle !!!
Ceci est une infime partie de ce que j'ai vécu là-haut. Ce qu'il me reste de cette aventure? le sentiment profond d'avoir participé à l'exploit de ce petit bout de femme sur qui peu de personne en France aurait misé un kopeck. Des souvenirs de joies, d'angoisses, de zénitudes, de rires.
Handler sur la FL est une expérience unique.
Merci Cécile de m'avoir permis de vivre ça à tes côtés.
Merci François de m'avoir fait confiance.
Merci Samidou, mon partenaire génial, je tiens juste a te demander une chose : Arrête de tout mettre en sachet, c'est pénible !!!!!!!
Il était une fois, une amie sincère qui m'a permis de réaliser un rêve.
Manu.
Un dernier article d'ici trois semaines (je remonte chercher les chiens dans une semaine !) avec un montage des photos et petits films faits pendant la course. Cécile